Assurance auto : moins de passages au garage, mais des factures toujours plus élevées

Le secteur de la réparation automobile connaît une évolution paradoxale : les automobilistes se rendent un peu moins souvent chez le garagiste, mais lorsqu’ils y vont, l’addition est plus salée. Cette tendance, observée en 2025, reflète à la fois les mutations technologiques des véhicules, le vieillissement du parc roulant et l’augmentation progressive des coûts de main-d’œuvre. Résultat : les professionnels maintiennent leur chiffre d’affaires malgré une fréquentation en léger recul.

Une activité globalement stable pour les réparateurs

Selon le dernier baromètre publié conjointement par Mobilians et Solware, le secteur de la réparation automobile a connu une progression modérée mais significative au cours de l’année écoulée. L’étude, réalisée auprès de plus d’un millier d’ateliers de mécanique et de carrosserie répartis sur l’ensemble du territoire, met en évidence une hausse globale du chiffre d’affaires d’environ 0,8 %.

Cette évolution reste modeste, mais elle témoigne d’une certaine résilience de la profession dans un contexte économique marqué par l’inflation des coûts d’exploitation, la hausse du prix des pièces détachées et l’investissement croissant dans des équipements technologiques. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette croissance ne s’explique pas par un afflux de clients supplémentaires. Elle résulte surtout de l’augmentation du montant moyen facturé par intervention, ce qui permet aux ateliers de compenser la baisse de fréquentation tout en maintenant leur rentabilité.

Des visites en atelier moins fréquentes

Les données montrent que les automobilistes se rendent légèrement moins souvent chez leur garagiste. Les ateliers de mécanique ont enregistré une diminution d’environ 2 % du nombre d’entrées, avec une moyenne d’un peu plus de quarante véhicules accueillis sur la période analysée. Cette tendance confirme un mouvement amorcé depuis plusieurs années : les passages en réparation deviennent moins fréquents, mais souvent plus ciblés et plus techniques.

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. D’abord, les véhicules récents bénéficient de technologies plus fiables et de composants conçus pour durer plus longtemps, ce qui réduit la nécessité d’interventions régulières. Ensuite, les constructeurs allongent progressivement les intervalles d’entretien recommandés. Enfin, le contexte économique joue un rôle non négligeable : face à l’augmentation du coût de la vie, certains conducteurs choisissent de repousser les réparations non urgentes ou de privilégier les interventions strictement indispensables pour rester en conformité avec la réglementation et garantir la sécurité du véhicule.

Une facture moyenne en hausse

Même si les visites se font plus rares, elles sont en revanche plus coûteuses. Dans les ateliers de mécanique, le prix moyen d’une réparation dépasse désormais les 400 €, marquant une progression notable par rapport à l’année précédente. Cette augmentation reflète à la fois la complexité croissante des interventions et la hausse du coût des pièces et de la main-d’œuvre.

La tendance est encore plus marquée dans les ateliers de carrosserie, où le montant moyen d’une facture dépasse les 1 700 €, soit une hausse supérieure à 4 % en un an. Les réparations de carrosserie impliquent souvent des opérations longues, l’utilisation de matériaux spécifiques et des équipements de précision pour la remise en état des structures ou des peintures.

Au final, chaque passage au garage représente un budget plus important pour les automobilistes. Cette hausse du ticket moyen renforce l’impression d’un entretien automobile de plus en plus onéreux, même si la fréquence des réparations diminue.

Pourquoi les réparations coûtent plus cher

Plusieurs raisons expliquent cette inflation des factures :

Complexité technique accrue : les voitures modernes intègrent davantage d’électronique et de systèmes d’aide à la conduite, ce qui exige des diagnostics plus sophistiqués et des équipements coûteux.

Hausse du coût de la main-d’œuvre : les tarifs horaires progressent, notamment en raison des investissements technologiques et de la formation nécessaire pour intervenir sur des véhicules récents.

Évolution des besoins de réparation : certaines interventions sont désormais plus longues et spécialisées qu’auparavant.

Un parc automobile vieillissant

Autre facteur clé expliquant l’évolution des coûts d’entretien : le vieillissement progressif des véhicules en circulation. D’après les analyses du cabinet AAA Data, plus de 42 millions de voitures circulaient en France fin 2025, avec un âge moyen dépassant désormais 12 ans — et atteignant même environ 14 ans dans certaines zones rurales. Cette hausse s’inscrit dans une tendance de fond observée depuis plusieurs années, liée notamment à l’amélioration de la longévité des moteurs, au prix élevé des véhicules neufs et à l’allongement de la durée de détention par les ménages.

Un parc plus ancien implique mécaniquement davantage d’usure des composants : suspensions, embrayage, systèmes de freinage ou encore éléments électroniques vieillissants. Les pannes deviennent plus probables avec le temps, et les réparations nécessaires sont souvent plus lourdes et plus coûteuses, car elles concernent des pièces majeures plutôt que de simples opérations d’entretien courant. En parallèle, certains modèles anciens nécessitent des pièces plus difficiles à trouver, ce qui peut également faire grimper la facture.

L’impact de l’électrification du parc

La transition vers les véhicules électriques et hybrides transforme en profondeur le travail des réparateurs automobiles. Contrairement aux modèles thermiques traditionnels, ces voitures comportent moins d’éléments mécaniques soumis à l’usure classique (courroies, boîtes de vitesses complexes, systèmes d’échappement), mais elles intègrent en revanche une forte proportion d’électronique embarquée : calculateurs, capteurs, modules de gestion de batterie, logiciels de contrôle et systèmes d’aide à la conduite.

Cette évolution technologique modifie la nature des interventions. Les réparations nécessitent désormais des outils de diagnostic informatisés, des mises à jour logicielles et des compétences pointues en électronique automobile. Les garages doivent investir dans du matériel spécialisé et former leurs techniciens à ces nouvelles technologies, ce qui représente un coût important répercuté en partie sur les factures. Ainsi, même si certaines pannes mécaniques disparaissent, les interventions restantes deviennent souvent plus techniques, plus longues et plus onéreuses.

Ce que cela change pour les assurés

Pour les automobilistes, ces transformations ne sont pas sans conséquences sur le plan financier. Lorsque le coût moyen des réparations augmente, les assureurs doivent verser des indemnisations plus élevées en cas de sinistre, qu’il s’agisse d’accidents, de dommages matériels ou de réparations liées à des garanties spécifiques. À moyen terme, cette hausse des coûts peut se traduire par une pression à la hausse sur les primes d’assurance auto, car les compagnies ajustent leurs tarifs pour maintenir l’équilibre entre les cotisations perçues et les indemnisations versées.

De plus, les véhicules modernes — notamment électriques ou fortement équipés en technologies — coûtent souvent plus cher à réparer après un accident, même mineur. Un simple choc peut endommager des capteurs, caméras ou radars intégrés dans les pare-chocs ou les pare-brise, ce qui augmente considérablement le montant des réparations. Pour les assurés, cela signifie qu’au-delà du prix d’achat du véhicule, le coût global de possession inclut désormais un risque financier plus élevé en cas de sinistre, renforçant l’importance de choisir une couverture d’assurance adaptée à son modèle et à son usage.